23 octobre 2007
Noir est l'arbre des souvenirs, bleu l'air
Voilà l'un des plus beaux livres qu'il m'ait été donné de lire. Comment dire? C'est poignant sans jamais tomber dans le mélo, il se dégage un furieux parfum de nostalgie, un peu comme ces eaux de toilette poudrées dont l'odeur subsiste, discrète mais tenace, aufond d'une vieille armoire, sous une pile de mouchoirs en dentelle.
Italie, 1941. C'est l'apogée du mussolinisme, allié à "la grande soeur Allemagne". Ce sera le dernier été paisible d'une riche famille de la bourgeoisie industrielle. La guerre, puis la défaite et l'armistice defairont impitoyablement leur vie.
Il y a le père, pressé, distant, tout à la reconquête de la fortune familiale avalée par la guerre. Il y a la mère, belle, lasse et frivole, si attachée à son monde en train de disparaître qu'elle mourra avec lui.
Et puis, il y a les trois enfants et leur très jeune précepteur. Ils sont beaux, hardis, insouciants et rêvent d'amour. Ils le rencontreront tous, chacun à sa manière et marqué par son destin.
Et que dire de la langue de Rosetta Loy, tellement belle qu'on a envie de lire tout le livre à voix chuchotée, pour mieux s'imprégner du phrasé, de la mélancolie, de cette atmosphère de paradis perdu...Il est en Poche, à 6,35 euros. Aucune excuse pour s'en priver...
Mon avis: fait rarissime chez moi, j'en ai relu des passages, juste pour la musicalité du style de Rosetta Loy...
10 octobre 2007
Wisconsin
Si j'adore la littérature anglo-saxonne contemporaine, c'est grâce à des romans comme celui là. Wisconsin est le premier livre de Mary Relindes Ellis et presque tout y est: une histoire émouvante, un style si agréable que l'on se surprend à lire à vois basse, pour le plaisir des mots, des
personnages attachants, qu'on adore ou qu'on déteste. Bref, le b.a ba de la littérature, à savoir RACONTER UNE HISTOIRE et y entraîner son lecteur.
Wisconsin, c'est l'histoire de deux familles, sur fond de guerre du Vietnam et d'Amérique profonde. D'un côté, les Lucas, prototype de la famille où il fait bon...de ne pas être né. De l'autre, les Morriseau, couple sans enfants et profondément humaniste.
La guerre est l'axe autour duquel tournent le vécu et les séquelles des protagonistes. Mensonge, détresse de l'attente, deuil, souffrance physique et morale mais aussi renaissance sont évoqués tout au long de ces belles pages. Un beau roman, prenant et finalement, résolument optimiste.
Mon conseil: sans hésiter, demandez le à votre gentil libraire...
04 octobre 2007
Vous y comprenez quelque chose?
Voici la critique d'un manuscrit dont l'auteur est Eric Lequier-Esposti, qui se présente comme un "auteur en quête d'éditeur".
S'il compte sur le billet de cette admiratrice pour allécher le lecteur, hé bien il peut attendre longtemps.... Jugez en plutôt:
"Je viens de terminer la lecture de votre manuscrit intitulé «Conte à rebours».
Holà ! Voilà une lecture qui nous ébranle sérieusement les repères
temporels ! D’emblée, on est sous le choc de l’incompréhension de cet
univers atypique. On se sent un peu comme ce petit et/ou grand Désiré
lui-même. On existe en tant que lecteur, au fil de la narration, en
tentant de saisir des jalons de ce temps redéfini à contresens de toute
anticipation ! Rien ne se présente tel qu’attendu. On est forcé de se
reconstruire une conception du monde telle que ce dernier se présente
dans cette incroyable fiction à rebours. Ouf ! On finit par s’y faire…
tout comme Dédé et son entourage. Quoique ce curieux sentiment
d’exceptionnalité persiste fondamentalement tant dans notre
intellection des choses, ainsi remises en question par la
reconstruction de cet autre univers parallèle à l’inverse, que dans les
traits psychologiques et physiques (précisément au trajet de croisement
télescopique des deux évolutions) du personnage principal, aussi
étonnant qu’il se présente, étonné lui-même de sa propre étrangeté !"
Bon, moi je suis aussi sous le choc d'une incompréhension...Sans rire...