04 décembre 2007
Villa Amalia
Je n'avais rien lu de Pascal Quignard, prix Goncourt 1992 pour Les Ombres errantes. Villa Amalia me permettra de combler cette lacune.
C'est assez rare de trouver autant de points de convergences entre l'écriture, l'héroïne et la trame du roman. Tout est ici réuni dans une parfaite harmonie, organisée autour de l'épure, la simplicité poussée jusqu'à l'ascèse.
Ann, l'héroïne, est pianiste et compositeur. Elle s'inpire de pièces anciennes, les relit et les réécrit en les épurant jusqu'à l'ultime ligne mélodique. Nageuse émérite, elle aligne les longueurs, affinant également sa silhouette sèche et nerveuse.
Découvrant l'infidélité de son compagnon et " malheureuse à désirer mourir", elle organisera sa disparition de son entourage habituel. Tout doit être liquidé, sa vie, ses biens, ses vêtements, tout. Au hasard de rencontres et retrouvailles, elle tentera de se forger une nouvelle existence.
L'écriture de Pascal Quignard accompagne à merveille ce récit d'une femme qui ne souhaite plus que le vide. Elle est sèche, précise, sans fioriture ni enjolivement d'aucune sorte. Mais c'est justement cette concision qui la rend si prenante. On suit l'errance d'Ann, ses tentatives pour renaître, on l'accompagne jusqu'à l'apaisement final. Du bel art.
PS: Ce bouquin vient de sortir en poche. Pour 6,60 euros, vous avez un grand plaisir littéraire...
21 novembre 2007
Mille soleils splendides
Khaled Hosseini est un auteur qui me tracasse. J'ai lu les Cerfs Volants de Kaboul, je viens d'achever Mille soleils splendides. Et là encore, je suis partagée.
Ce serait facile de le critiquer, de moquer son style plat, la construction naïve de ses récits qui donnent parfois dans le Marc Levy ou le Douglas Kennedy. C'est vrai qu'il a tendance à forcer la dose de Kleenex, qu'il y a des paragraphes d'une niaiserie absolue et que les deux bouquins sont formatés pour une adaptation made in Hollywwod, sans besoin d'un scénariste...C'est vrai, dans les livres de Hosseini, il y a tout celà.
Mais il y a un homme qui aime son pays, l'Afghanistan. Et qui sait nous la décrire et nous la faire revivre, telle qu'elle était avant que les talibans ne la défigurent. Il y a des personnages attachants, même si ils se noient parfois dans la guimauve.
Celà suffit à en faire un livre. Est ce de la littérature, pour autant? Sûrement pas. Mais en tout cas, une idée de cadeau pour la belle soeur qui ne lit qu'une fois par an...
PS: Au fait, ça parle de quoi? De la douce condition des femmes sous le régime des talibans...Un chouette programme, entre fessée et lapidation...
20 novembre 2007
Petit déjeuner chez Tiffany
D'accord, ce n'est pas un bouquin bien récent. Mais il figure parmi ce qui se fait de mieux. Pourtant, je ne suis pas une inconditionelle de Capote. Son "De sang-froid" m'avait ennuyé à périr. En revanche, celui-là, quel délice!
Parce que tout y est: d'abord, il y a les personnages. L'héroïne, bien sûr. L'insaisissable et excentrique Holly Golightly, véritable animal sauvage, comme elle se décrit elle-même: "On ne peut pas s'attacher à une bête sauvage. Plus vous le faites et plus elle reprend des forces jusqu'à qu'elle en ait assez pour retourner dans les bois ou grimper à un arbre, puis à un arbre plus haut, et finalement c'est le ciel". Autpur de cette tornade gravitent des éléments calmes (le narrateur) et une faune interlope, celle des milieux fêtards, équivoques et très superficiels de la nuit new-yorkaise.
Le récit, écrit à la première personne, est vivant, drôle, truffé des commentaires acides de cette langue de vipère qu'était Capote. Qui donc a bien pu lui servir de modèle dans sa description de Rusty Trawler, le milliardaire homo refoulé? "C'était un enfant d'une cinquantaine d'années qui n'avait jamais éliminé sa graisse de bébé, bien qu'un tailleur de génie eut à peu près réussi à camoufler un derrière rebondi qui appelait les fessées". Le talent de Capote, c'est aussi de savoir camper une ambiance, un personnage, en quelques coups de pinceau: " La pièce dans laquelle nous nous tenions debout parce qu'elle ne comportait rien pour s'asseoir donnait l'impression que l'on venait tout juste d'y emménager. On s'attendait à y respirer une odeur de peinture fraîche. Des valises et des caisses d'emballage vides en constituaient le seul mobilier. Les caisses servaient de table, l'une pour préparer les martinis, l'autre pour une lampe, un tourne-disque portatif, un téléphone, le chat écaille de Holly et uen coupe de roses jaunes."
En fait, tout le charme du roman tient en ces quelques lignes. Une ambiance de bohème, de lendemain incertain, sans rien de glauque, bien au contraire. Les pointes de tristesse sont soigneusement habillées d'ironie, c'est tout l'art de Capote. A lire dans modération.
07 novembre 2007
Dans le café de la jeunesse perdue
Modiano se reconnaît à ses titres: ils fleurent bon Paris et la nostalgie, ses deux cartes de visite. La ronde de nuit; La place de l'Etoile; Les boulevards de ceinture; Quartier perdu; Une jeunesse; Dimanches d'Août; Voyage de noces...
Le dernier opus a, lui aussi, un titre qui est tout un programme à lui seul: Dans le café de la jeunesse perdue figure très joliment sur la couverture coquille d'oeuf de Gallimard. Moi, je l'aurais plutôt intitulé Dans le brouillard du talent perdu. Il refleterait ainsi on ne peut mieux ce que j'ai ressenti en refermant ce livre.
Modiano, c'est comme Mozart. Il a une patte reconnaissable. Mais Mozart, lui, est mort avant d'écrire l'oeuvre de trop. Dans le café de la jeunesse perdue est de celle là, hélas. Modiano fait du Modiano, il se pastiche, se caricature, se moque de lui même. Tous les poncifs modianesques y sont ressassés sans conviction: l'errance, les quartiers de Paris, les zones d'ombre des individus, le 36-04 Auteuil, tout y est. C'est cousu de fil blanc, amené comme un cheveu sur la soupe et...Mais qu'est ce qui lui a pris, à Modiano? Ou est celui que j'aimais, qui m'avait fait rêver dans Une jeunesse ou dans Voyage de noces ? Il avait besoin d'un à-valoir pour payer ses impôts ou quoi? Allez, je range cet ouvrage indigne du grand écrivain qu'il est au fond de ma bibli et tandis que la poussière le rendra aux oubliettes, j'attendrai le prochain avec espoir...
03 novembre 2007
La Perte en héritage
Alléchée par les critiques enthousiastes, je me suis précipitée sur ce bouquin de l'Indienne Kiran Desai. Depuis Treize mers et Sept rivières, autre oeuvre phare de la jeune littérature indienne, j'ai ce pays à l'oeil. J'avoue que les thèmes traités sont un peu toujours les mêmes: la double culture, le retour aux sources, l'attirance pour l'Angleterre qui peut conduire au mépris de soi et de sa race, etc...
Dans La Perte en Héritage, c'est traité avec talent. Il y a le vieux juge indien qui se veut si désespérement anglais, l'humble cuisinier dont le fils, parti tenter sa chance à New York, vit le calvaire des clandestins, l'étudiant qui se découvra des passions nationalistes...
Une belle peinture de moeurs, donc. Et une aussi belle galerie de personnages. Ppourtant j'ai décroché vers les deux tiers du bouquin et je l'ai fini en diagonale. La faute aux longueurs qui plombent, ici et là, l'intérêt du récit. Dans le même genre mais plus réussi, je vous conseille sans hésiter Treize mers et Septs Rivières, déjà cité plus haut.
L'Amour dans un climat froid
Amateurs de la vieille Angleterre, de ses ladies, de ses thés, ses traditions et de son humour corrosif...Régalez vous! Rien ne vaut la plume acide et la verve de Nancy Mitford pour ressuciter cette ambiance délicieusement surranée de la gentry d'entre deux guerres.
A travers les destinées matrimoniales de deux jeunes filles -l'aristocrate et fantasque Polly et la non moins aristocrate quoique légèrement déclassée Fanny- Nancy Mitford brosse un portrait assez cruel de ses congénères. Les femmes sont frivoles, superficielles et vaines. Les hommes sont veules ou alors imbus de leurs préjugés. Le thé est un rituel immuable avec force petits gâteaux et le mariage est la voie toute tracée pour les filles de famille. Ajoutez un portrait hilarant de Lady Montdore, qui rappellera à ceux qui aiment Jane Austen, la terrible Lady Catherine d'Orgueil et Préjugés. Un bouquin que je ne regrette pas d'avoir mis dans mon sac pour ces vacances de Toussaint.
23 octobre 2007
Noir est l'arbre des souvenirs, bleu l'air
Voilà l'un des plus beaux livres qu'il m'ait été donné de lire. Comment dire? C'est poignant sans jamais tomber dans le mélo, il se dégage un furieux parfum de nostalgie, un peu comme ces eaux de toilette poudrées dont l'odeur subsiste, discrète mais tenace, aufond d'une vieille armoire, sous une pile de mouchoirs en dentelle.
Italie, 1941. C'est l'apogée du mussolinisme, allié à "la grande soeur Allemagne". Ce sera le dernier été paisible d'une riche famille de la bourgeoisie industrielle. La guerre, puis la défaite et l'armistice defairont impitoyablement leur vie.
Il y a le père, pressé, distant, tout à la reconquête de la fortune familiale avalée par la guerre. Il y a la mère, belle, lasse et frivole, si attachée à son monde en train de disparaître qu'elle mourra avec lui.
Et puis, il y a les trois enfants et leur très jeune précepteur. Ils sont beaux, hardis, insouciants et rêvent d'amour. Ils le rencontreront tous, chacun à sa manière et marqué par son destin.
Et que dire de la langue de Rosetta Loy, tellement belle qu'on a envie de lire tout le livre à voix chuchotée, pour mieux s'imprégner du phrasé, de la mélancolie, de cette atmosphère de paradis perdu...Il est en Poche, à 6,35 euros. Aucune excuse pour s'en priver...
Mon avis: fait rarissime chez moi, j'en ai relu des passages, juste pour la musicalité du style de Rosetta Loy...
10 octobre 2007
Wisconsin
Si j'adore la littérature anglo-saxonne contemporaine, c'est grâce à des romans comme celui là. Wisconsin est le premier livre de Mary Relindes Ellis et presque tout y est: une histoire émouvante, un style si agréable que l'on se surprend à lire à vois basse, pour le plaisir des mots, des
personnages attachants, qu'on adore ou qu'on déteste. Bref, le b.a ba de la littérature, à savoir RACONTER UNE HISTOIRE et y entraîner son lecteur.
Wisconsin, c'est l'histoire de deux familles, sur fond de guerre du Vietnam et d'Amérique profonde. D'un côté, les Lucas, prototype de la famille où il fait bon...de ne pas être né. De l'autre, les Morriseau, couple sans enfants et profondément humaniste.
La guerre est l'axe autour duquel tournent le vécu et les séquelles des protagonistes. Mensonge, détresse de l'attente, deuil, souffrance physique et morale mais aussi renaissance sont évoqués tout au long de ces belles pages. Un beau roman, prenant et finalement, résolument optimiste.
Mon conseil: sans hésiter, demandez le à votre gentil libraire...
30 septembre 2007
Mort aux cons

Dans la morosité de la rentrée littéraire qui traite de la mort à tous vents, avec un sérieux qui frise le grotesque, Carl Aderhold est bien rafrâichissant. Lui aussi y va de son cheval de bataille, mais là, c'est réjouissant.
Que celui qui n'a jamais eu envie d'éclater la tronche du voisin bruyant, du gosse mal élevé, du petit chef mesquin ou du chauffard agressif, lève le doigt. Que celui qui n'a jamais eu envie de démolir le portrait du pompeux cornichon assomant avec ses certitudes et pédanteries le lève aussi. Le narrateur, lassé des "cons qui lui pourrissent la vie", décide purement et simplement d'en débarasser l'humanité. Il fait çà vite, bien, sans autres états d'âmes que l'écrasement d'un insecte nuisible. Cà donne un récit cynique, assez loufoque, émaillé de savoureux portraits de cons en tous genres. Le classement "sociologique" des cons est d'ailleurs un joli petit morceau assez réussi.
Bien sûr, il y a quelques faiblesses -c'est un premier roman-; bien sûr, la fin est quelque peu tirée par les cheveux mais franchement, c'est un bouquin distrayant, qui peut d'ailleurs donner des idées...
Mon avis: à lire certaines descriptions de cons par l'auteur, je connais quelques "intellos chiants" qui devraient se faire du souci!:)
20 septembre 2007
ARLINGTON PARK

Arlington Park, c'est un banlieue londonienne plutôt chic, "avec de belles voitures". Les hommes partent travailler tôt, les femmes ont parfois un job à mi-temps, s'occupent de la maison et des enfants. Tout pourrait être lisse -café entre amis, virées shopping, dîners plus ou moins ratés- mais rien ne l'est. Arlington Park est un livre abrupt, parfois vitriolé. Les quatre femmes dont l'auteur suit la journée ne sont pas heureuses. Frustration, sentiment de gâcher sa vie, de gaspiller son intelligence à des tâches bassement alimentaires. Sentiment d'être ramenées à une fonction d'élevage. Les ennemis, ce sont les maris et les enfants. Les maris qui rentrent le soir comme des corps étrangers. Les enfants qui épuisent et "gâchent la vie". Qu'est ce qui les fait rester? Peut-être une certaine forme d'amour, celle qui se cache sous le masque de l'habitude.
Vous l'aurez compris, malgré le thème traité, Arlington Park n'a rien d'une littérature pour poulettes. L'auteur possède une ironie cruelle, notamment dans les scènes finales. Un bémol, toutefois: analyser les faits et gestes du quotidien d'un point de vue sociologique peut s'avérer barbant...Mais ce ne sont que quelques longueurs dans un bon bouquin de rentrée.
Mon avis: Offrez le à la copine qui vient de se mettre en congé parental...
